LIZÈNE

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Jacques Lizène | Art nul

Entretien :: Henri Köstlin :: Tentative de domptage du petit maître liégeois de la médiocrité par un interviewer médiocre

Extrait ::
Comme je ne suis pas homme à me laisser faire, je saisi à mon tour l’occasion et lui parle de ce qui marque son univers et notamment ses séries de « sculptures génétiques » — La première sculpture génétique de Jacques Lizène, ça a donc été tout simplement d’inverser deux lettres d’alphabet ? « En effet ». — À cette époque-là est-ce déjà de l’art nul ? « Oui oui oui, même un peu avant déjà. L’art nul c’était déjà en 1966. J’étais à l’Académie des Beaux-Arts de Liège où on ne parlait pas beaucoup de science et de pas grand-chose d’ailleurs… Nos professeurs parlaient beaucoup d’une chose : c’était du talent. Raison pour laquelle j’ai décidé de faire, moi, de l’art sans talent. Et donc, des peintures nulles. Non pas à l’Académie, mais chez moi. Je faisais d’ailleurs des petits dessins médiocres, dès 1964. Tout ça en opposition avec le dessin académique liégeois. […] La première peinture nulle représente en jaune et noir une sorte de châssis de fenêtre, un fil et deux chaussettes qui pendent, et on voit apparaître une plante d’appartement » — Et que pensaient vos professeurs de vos dessins ? « Ah ça ! Je ne leur montrais pas mes dessins médiocres. De ce que je faisais à l’Académie, ils me disaient « Toi, on ne te dit rien parce que de toute façon tu n’en feras qu’à ta tête ». Ils auraient eu une apoplexie… » — Vos travaux à l’Académie non plus n’étaient pas très académiques ? « Non, mais s’ils avaient vu ce que je faisais chez moi, ils n’en seraient pas revenus. René Julien m’avait dit : « Avec ce que tu fais, Jacques, ou tu deviens riche et célèbre ou tu deviens pauvre et maudit ». Je ne suis devenu ni l’un ni l’autre… » — Avez-vous finalement voulu faire une carrière ? « Oui, celle que je fais. Celle d’être l’artiste le plus médiocre au monde ce qui n’est pas facile parce qu’il y en a toujours pour prétendre être eux, les plus médiocres. Ben Vautier par exemple dit souvent : « Non ce n’est pas Lizène, c’est moi le plus médiocre » ! AH AH AH ! » — Vous en êtes d’accord ou non ? « C’est vrai qu’à certains moments je suis moins médiocre que ce qu’un vrai carriériste de la médiocrité devrait être. J’aime bien les formules un peu paradoxales comme celle-là - mais quelques fois je suis assez médiocre pour me revendiquer d’être le petit maître … de la médiocrité. Voyez-vous, là c’est une subtilité : Petit maître … de la médiocrité. Ça me laisse un large éventail, […] beaucoup de marge de manœuvre. » — Nous parlions de la naissance de l’art nul… « Les dessins médiocres datent de 1964. L’art nul, c’était en 1966. Et la première exposition c’était en 1969 à la petite galerie Yellow, rue Roture à Liège. En 1967, j’avais commencé la série de l’art spécifique. C’est amusant parce qu’à la même époque commençaient les travaux des types de Support-Surface, en France. Et c’était très proche, ce dont je me suis aperçu en 1970. À Liège à cette époque on ne connaissait rien de tout ça. »

+ Dimensions 15 X 21cm
+ Support papier bouffant
+ 2 feuilles pliées l'une dans l'autre
+ Édition fanzine

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