KAREN

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Pierre Lemarchand
Karen Dalton une voix idéale

« Quand le jeune homme qui ne se fait pas encore appeler Bob Dylan, mais demeure pour quelques jours encore Robert Zimmerman, promène sa silhouette émaciée et transie dans les tourbillons neigeux qui assaillent l’état de New York, nous sommes aux tous premiers jours de l’année 1961. Robert avance, car c’est en plein cœur de New York City qu’il souhaite se rendre, dans Manhattan, dans le périmètre ramassé de Greenwich Village. Quelques dollars en poche, une guitare pour tout bagage et deux centaines de chansons de Woody Guthrie dans la tête, Dylan avance jusqu’à l’angle des deux rues où tout se joue alors, pour qui souhaite vivre le Renouveau Folk. Ses premiers concerts, Dylan les fera là où il dormira : dans les petits cafés concerts qui bordent les Bleeker et McDougal Streets, des salles minuscules et bondées. Le Folk Revival s’y joue alors, et prend sa revanche sur le rock’n’roll qui avait tout emporté dans les années 50. Mais il est temps de revenir aux fondamentaux, ceux de l’histoire, de l’authenticité, de la mémoire d’un peuple qui ne s’en laisse pas compter. Blues, jazz, bluegrass, ballades appalachiennes, spirituals sont augmentés des « topical songs », chansons à thème faisant écho à des injustices et des luttes plus contemporaines, sculptées dans la même pâte amère et chronique : le racisme, l’exploitation capitaliste, la misère rurale... Dylan arrive, et se mêle aux artistes d’alors, qui portent noms tels Fred Neil, Dave Van Ronk, Tom Paxton, Pete Seeger, Phil Ochs... Il y a peu de femmes. Dans ses mémoires, Chronicles, Dylan se souvient cependant d’une d’entre elles, celle qui l’a le plus impressionné. Son nom était Karen Dalton.
En 1970, une équipe de la télévision française, l’O.R.T.F. disait-on alors, réalise
un reportage sur la contre-culture aux Etats-Unis, et comment celle-ci a finalement été récupérée par la société de consommation. Les festivals en sont l’exemple même : devenus de grosses machines pop, ils génèrent des bénéfices immenses. Mais il est des artistes, nous confie la voix off de cet épisode de l’Affiche du Monde, qui demeurent libres avant tout, fidèles à leurs idéaux et à l’utopie d’une musique que toutes les industries de monde, tous les cynismes à la mode, ne sauraient récupérer. Il est des artistes qui ont su garder de l’art son objet premier : créer de la beauté, sans se soucier d’autre chose que de cette beauté même. Et pour exemple, ils iront dénicher Karen Dalton là où elle vit en communauté, sur les hauteurs de Boulder, Colorado, dans une cabane qu’elle habite avec sa famille, près de ses amis. On l’y voit se promener en pleine nature, on l’y entend chanter deux blues, et se mêlent en une bande-son idéale le cours de l’eau, le grondement du tonnerre, le métal pincé des cordes de la Gibson de Karen et sa voix de miel et de pierres. Ce sont les seules images captées de la rare et insaisissable Karen Dalton qui, ensuite, entamera sa longue nuit, passant véritablement hors champ la décennie qui suivra. L’échec de ses deux disques la brisera, et une addiction dramatique aux drogue se chargera d’éloigner définitivement la chanteuse de possibles radars. Mais cette longue nuit fut parsemée d’étoiles, que la musique se chargea toujours de déposer délicatement dans les cieux obscurcis de l’existence douloureuse de Karen Dalton. Jusqu’au bout, tant que sa santé le lui permit, Karen chanta et joua. Jusqu’au bout, et aujourd’hui encore, plus que jamais peut être, plus de vingt années après sa disparition. Car plus que jamais, nous avons besoin de cette voix là, entière, absolue, essentielle, intemporelle. »

+ Dimensions 11 X 17cm
+ Support papier bouffant
+ 2 feuilles pliées l'une dans l'autre
+ Édition fanzine

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